Body and Soul 2013

BODY AND SOUL

Laurent de Verneuil

Marc Alberghina interroge dans son oeuvre la notion d’identité. De nombreux artistes ont pu aborder cette question, qui revêt chez lui un caractère singulier dans une production qui, pour l’essentiel, s’attache à disséquer et tailler en pièces Vallauris, sa ville de résidence. L’artiste revisite à cet égard certains thèmes et canons de l’histoire de l’art tels que la Vanité ou le martyre de Saint Sébastien.

Depuis les années 1990, l’image de la Vanité est de retour sur la scène artistique et se décline sous les différentes espèces de la dérision et du détournement. Là où, comme à Vallauris, dès le XIXe siècle ateliers et manufactures deviennent les nouvelles cathédrales, Alberghina assigne à la Vanité une portée autant sociale et politique qu’eschatologique. Elle incarne une opposition au cours tranquille des choses : « Passant, ne détourne pas la tête, j’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis. » L’artiste nous demande de nous arrêter, pas seulement sur notre finitude, mais aussi sur celle d’un village, d’une conception, d’une époque marquée par la mort et les souffrances engendrées par le monde moderne.

Plus récemment, l’artiste s’attaque à une icône de l’histoire de l’art. Son Saint Sébastien incarne un paradoxe typique des « Scènes de la vie de Province », lieu de toutes les passions, rêves et désirs, mais pleine aussi de ces rumeurs, de ces intolérances et railleries. Alberghina met trois fois en scène son propre martyre dans sa fonction rédemptrice et sublime la portée de cette lutte, qui devient celle de tout artiste se battant pour faire valoir sa vision du monde. Ne peut-on y reconnaître l’Adoniram du Voyage en Orient de Nerval? Ce génie bâtisseur assassiné par ses trois perfides compagnons, ces ouvriers sans talent, aigris par l’envie et la cupidité. L’artiste se reconnaît dans ce Saint Sébastien qui doit être condamné par ses pairs et jeté dans le cloaque maxima pour leur avoir apporté un peu de lumière. Ce bouc-émissaire grâce auquel peut se cristalliser l’unité d’une société submergée par la violence de ses désirs mimétiques.